Nous étions le 16 décembre, Brest était bloqué. Personne ne pouvait entrer dans l'université. Tous les élèves attendaient, ils étaient tous dans le froid du littoral. Il y avait une grève, encore une, pour défendre encore et toujours les droits des étudiants.
Le lendemain, la même histoire. Et toute la semaine, jusqu'au 19, personne ne retourna en classe. Alors, les vacances de Noël étaient là, déjà, sans que personne ne s'en rende compte parce que toutes ces histoires leur avaient fait oublier que les fêtes de Noël approchaient.
Un temps, gris, brumeux et froid s'installa pendant les vacances. Personne n'était vraiment dans cette ambiance de Noël, les illuminations, les rêves, la joie. A coire que tout le monde avait perdu son âme de jeune enfant. Chez Jenny tout était présent pour représenter cette fête : le sapin paré de boules et guirelandes, des bougies scintillantes et multicolores mais la bûche qui lui aurait apportait réconfort n'était paslà.
Jusqu'à la veille de Noël, l'ambiance était plutôt au travail. Toute la journée du 24, les boutiques étaient bombées de monde, certains cherchaient le présent qui plairait à leurs enfants, d'autres attendaient devant le bijoutier et espéraient bien demander leur amie en mariage, et d'autres encore, couraient dans tous les sens pour pouvoir acheter la dernière merveille technologique qui leur permettrait d'acquérir un meilleur respect. Mais quelques personnes présentes, cherchaient simplement cette pure ambiance de Noël qui leur manquait.
Parée de son long manteau noir, Jenny, se délassait au bord de la mer. Les vagues l'avaient toujours reposée et la vue du littoral la mettait à l'aise, elle lui donnait cette sensation de liberté. Vers 17 heures, elle rentra chez elle, c'était un petit appartement qu'il partageait à plusieurs. Son numéro de boursiaire l'avait fait attérir dans cet appartement là, et pas un autre. Elle devait rôtir son oie qu'elle mangerait avec ses camarades de l'université, ce qui ne l'enchantait pas, elle pensait que Noël était une fête spéciale et que cette fête ne devait pas être comme le Jour de l'an, mais comme le jour de Noël, une certaine simplicité, une certaine joie. C'était sa première année, elle essayait de suivre les cours de médecine qu'on lui donnait. L'année dernière, au lycée, elle était tombée amoureuse. Elle pensait que ce n'était pas une bonne chose puisque cela ne l'avait pas rendu heureuse. Elle n'avait partagé que des regards, quelques conversations virtuelles et aussi, il faut l'admettre quelques rares approches avec lui mais son coeur battait fort quand elle le rencontrait. Désormais, ces sensations étaient treminées puisque, lui, était dans une autre ville pour étudier les arts et l'avaient sans doute oubliée.
A travers la fenêtre de la cuisine, elle pouvait apercevoir des enfants qui jouaient et riaient. Elle était fière de voir que l'âme de ces enfants ne s'était pas encore envolée. Elle pensait qu'il leur manquait la neige pour qu'ils puissent batailler dans leur coeur d'enfant. La nuit tombait, ils rentraient tous chez eux se préparer pour l'office que Jenny ne comptait pas manquer même si elle serait la seule. Pendant que le Père-Noël passait à l'appartement, elle assistait à la cérémonie qui la replongeait en enfance où elle voyait le Jésus-baigneur rejoindre sa crèche accompagné d'harmonieux chants qui lui donnaient, encore une quinzaine d'années après la chair de poule. Elle était heureuse d'être présente, elle était dans sa bulle de bonheur, elle aurait souhaité rester dans l'église, prier et garder foi en tout ce qui la rendrai heureuse. Elle n'espérait qu'un signe qui la ferait bondir sur cette joie qu'elle ne pouvait pas saisir bien qu'elle était heureuse. Elle profitait des derniers instants dans ce froid qui la rendait nostalgique. Elle traînait des pieds en montant les escaliers qui la menait jusqu'à l'appartement. En entrant, elle pouvait déjà sentir l'odeur de la boisson et la "musique de dingues" comme elle pensait. Ils avient l'air d'avoir déballé tous les présents comme des sauvages. Elle chuchota : << Décidément, pour eux, Noël, n'est qu'une fête comme les autres! >>. Elle prit un verre qu'on lui tendait. On se moquait d'elle parce qu'elle revenait d'un milieu débile et ringard selon eux : l'église. Elle ne se sentait vraiment pas à sa place, ici. Elle décida de retourner aux fourneaux puisque personne ne s'en occupait. Seules, les bouteilles les avait intéressées dans la cuisine. La table était prête, elle servit le dîner. Jenny était seule dans son coin, à un bout de la table, pas trop loin de la cuisine et elle restait pensive. Personne ne lui parlait, pourtant elle en aurait eu des choses à leur dire mais elle se serait abstenue en ce jour. Elle restait pensive, les autres disaient qu'elle était bizarre, dans son monde. Mais, au moins, elle savait ce qu'elle faisait et n'était pas ivre de bêtises! Elle était ivre de nostalgie, de souvenirs et assoiffée de joie. Elle se réfugiait dans la cuisine en observant les illuminations qui ravivaient son coeur. Au loin, elle apercevait la gare et ses voyageurs qui dévalaient les rues pour rejoindre leurs amis, un peu tard. Toutes ces lumières la faisait rêver. Ce soir, elle rêvait d'un monde meilleur qui remettrait les jeunes dans le droit chemin. Ces jeunes, qui se saoûlaient dans la salle à manger lui disaient - quand ils lui adressaient la parole - qu'elle rêvait comme une gamine qui ne connait rien de la vie. Elle ne connaissait pas tout de la vie mais elle pensait en avoir une bonne expérience. Elle savait ce qu'était de frôler la mort lors d'un accident qui l'avait rendu fragile, elle connaissait la peur, elle s'était posée des questions auxquels peu d'étudiants y avait songé. Elle s'affolait déjà pour la suite de sa vie alors qu'elle n'avait pas fini de vivre son adolescence. Elle en avait assez des remarques blessantes et sans aucun sens des "ivrognes de salon" qui vivaient de l'argent de papa. Elle coupa la bûche glacée, le leur donna et sortit. Elle prit le chemin de la plage qu'elle aimait tant. Elle avait terminé son repas à grande vitesse pour fuir l'ambiance qu'elle n'appréciait guère. Elle avait un peu froid mais elle avait l'esprit au clair. Parfois, une larme coulait sur sa joue. Elle ne savait pas ce qu'elle attendait. Peut-être la paix. Elle apercevait un nouveau groupe de voyageurs qui sortait de la gare. "Ceux ci sont vraiment en retard" pensait-elle. Tous se séparèrent pour rejoindre chacun une rue différente. Elle se retourna vers la mer et observait les étoiles, elle avait toujours cru en elles. Pendant ce temps, on sonna à l'appartement. Un jeune homme, valise à la main la cherchait à cette heure tardive. Les "amis" de Jenny lui avait dit sèchement qu'elle devait être sur la plage puisqu'elle ne se plaisait que là bas! Il errait le long de la plage pour trouver une jeune fille, il n'eut pas de mal à la trouver, elle était bien la seule à observer la mer, pendant un réveillon de Noël. Il s'approche discrètement, il lui lança un "salut" qui la surprit comme auparavant. Il y avait longtemps qu'un sourire pareil avait illuminé son visage rougit par le froid et par les souvenirs. Il posa sa valise et ils s'enlassèrent, ils passèrent une grande partie de la nuit sur la plage. Tous deux avaient froid mais leurs souvenirs et leurs baisers les réchauffaient. Il était venu de l'autre bout de la France, pour elle, parce qu'il s'en voulait. Il avait des regrets, il aurait dû venir vers elle plus tôt. Mais l'important, c'est qu'ils étaient réunis et heureux, ensemble. Ils prirent une chambre d'hotel, parlèrent toute la nuit et passèrent le jour de Noël ensemble ainsi que les vacances. Puis, il repartit comme il était venu, mais cette fois ils ne perdraient pas de vue...